Aude Vassallo

Historienne – Auteur & rédactrice multimédia indépendante – Muséographe

Le maquis bio de Pierre-François Siméoni

Posté par Aude Vassallo le 16 septembre 2009

Rue des Pyrénées, Paris XXe. Une odeur intrigante et entêtante vous saisit le nez. Elle émane d’une petite boutique à la devanture grenat. À l’intérieur, derrière un comptoir encombré, un grand gaillard à l’accent qui fleure bon la Corse des montagnes vous accueille. C’est Pierre-François Siméoni, et vous êtes les bienvenus aux Senteurs de Provence.

P.-F. Siméoni (photographie : Thiphaine Bellambe)

P.-F. Siméoni (photographie : Tiphaine Bellambe)


Épris de nature, Pierre-François s’installe dans le XXe arrondissement il y a maintenant trente ans, pour “relever un défi personnel” : créer sa propre activité et proposer aux Parisiens des produits naturels de qualité (on ne parle pas encore de bio), ceux qu’on suppose réservés aux marginaux, aux babas cool. “On se moquait de nous” se souvient Pierre-François, mais les choses ont “marché de façon tout à fait hallucinatoire“. La seule concurrence vient alors des magasins de diététique, les “boutiques à biscottes” comme il les appelle. Ainsi Les Senteurs de Provence ouvre-t-il en 1979 : c’est le premier commerce de bio en vrac de tout Paris.

Dans cette petite caverne d’Ali Babio, il n’est pas rare d’entendre un client claironner : “Vous auriez du jus de goji par hasard ?“, car dans ce temple du produit naturel – l’un des moins cher de Paris – on y déniche de tout.

Du Bio en vrac

Du Bio en vrac

Au milieu de la boutique trônent de gros sacs, de papier brun ou de jute, d’où émergent des feuilles de prêle, de vigne rouge, d’ortie, de boldo ou d’aubépine, toutes vendues en vrac. Certains jours, des caissettes de fruits et légumes cultivés par de petits producteurs les rejoignent. Joyeux bazar, mélange éclectique d’odeurs, de formes et de couleurs.

Vous prendrez bien un peu de cartilage de requin ?

Vous prendrez bien un peu de cartilage de requin ?

Plus loin, on trouve les produits de beauté des grandes maisons réputées, les eaux forales, extraits essentiels, savons, résines et bougies. Dans un coin, il y a du sel de gemme de l’Himalaya, de l’huile vierge de noisette, du miel de thym, du cidre qu’on devine tout juste remonté de sa cave normande. Les compléments alimentaires occupent une bonne part des rayonnages. Ceux de la marque Les Senteurs – directement conditionnés par la boutique – sont élaborés avec le concours de notre herboriste. Les déprimés, fatigués et souffreteux y dégotent toujours des antidotes. Vos articulations sont-elles fragiles ? Renforcez-les en absorbant un peu de cartilage de requin. Vous essuyez une baisse de libido ? Un mélange de maca, tribulus et diamana devrait vous requinquer. “La consultation est gratuite !” s’amuse Pierre-François, qui prend le temps de l’écoute pour conseiller au mieux ses “patients”.

Un maquis Bio au coeur du XXe

Un maquis Bio au coeur du XXe

Notre bon commerçant est aussi un “aiguillon écolo”, un militant sincère et engagé. Son parti ? Aucun, si ce n’est la nature et sa préservation. En 1992, il devient le premier élu vert de France (au Conseil régional). Plus tard, c’est comme vice-président du Conseil général du Val-d’Oise qu’il entreprend des actions hardies et efficaces. On lui doit, entre autres, la création de la première agence de développement durable, la disparition de la vignette auto, la création d’AIRPARIF…

Mais aujourd’hui, un nouveau combat attend notre maquisard. La croissance annuelle du marché bio – autour de 10% – pose des difficultés d’approvisionnement. En Europe, la France est la “dernière de la classe” avec ses 2% de surface agricole biologique, “ce qui nous oblige à importer près de 80% de notre consommation” s’offusque Pierre-François Siméoni. Cette croissance attire évidemment les grands groupes : l’industrialisation de la filière semble inévitable (voyez le récent rachat d’une chaîne de supermarchés bio par Monoprix, ou le fulgurant développement des marques des distributeurs). La crainte de notre commerçant ? La mutation du secteur vers un “bio productiviste” à visée purement consumériste, délaissant peu à peu les critères de qualité et les petites productions locales.

Et la transition est déjà palpable : début 2009, un label a vu le jour à Bruxelles. Vendus sous le sceau européen, les produits biologiques pourront contenir jusqu’à 0,9% d’OGM sans qu’aucune mention ne le spécifie. “Un sous-bio” dit Pierre-François, qui s’interroge : “Quel est l’organisme européen qui va contrôler toutes les terres ? Celles de Pologne, comme celles de Chine, d’où les produits ne manqueront pas d’être importés ?“. Pierre-François reste néanmoins optimiste. Certains labels – comme le très orthodoxe Nature & progrès – demeureront des repères efficaces et fiables dans cette future jungle bio.

Mais un client vient d’entrer. “Je recherche du shiitake, vous auriez ça s’il vous plaît ?“.

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Les bonnes adresses de Pierre-François Siméoni

Boire un verre au Café Le Ménil pour son esprit XXe
299, rue des Pyrénées

Se faire coiffer chez la sympathique Fati (Fatima Nouri)
268, rue Pyrénées

S’équiper chez les Angelici, quincailliers ‘’de père en fils”
339, rue Pyrénées

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Les Senteurs de Provence
282, rue des Pyrénées – 75020 Paris
Ouverture 7j/7 (10h-13h / 14h-19h. Ouvert le dimanche matin)
01.43.58.40.53

Pierre-François Siméoni a été portraitisé par la photographe Tiphaine BELLAMBE.

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